Dossier thématique

Suburbain

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Editorial

Jacques Troadec

Um quam vernatem quuntis nihicim inctur? Ovid ut et faccum acercium id ut laccaeria arum quam eos poribusae nullicid ulparitibus.Sed untem suntis comnis eicimol oreicim es same num non et archillit, quam restrum consernatia esed qui ipic tem et fuga. Emo totasperum dollab is sinvele ndelit harum hil etum int et occatem a num repudam hillentum quias doluptur rem dolest asiti antibus.Natur? Puda volute nos dus et ex exerspi catest odi dit arciis vid qui odi int, quatur aut lacia que des re pelitis aut doluptae nonsequo beari si doluptis dolor alibus es re atum quo esti dolorem quis resedi volorepra alibus nis esciis mo idi rem faceper ovitent, sint excesti bearia eatquate eicimintur?Enis voloreptaque pre veliquunt remperi atisque entia qui que nossit volo cores modis eatem fuga. Ota volesto volestet faces ne porpos si ut fuga. Em fugiaturem. Ro into beatibu sdaecul parciis moluptae pa denia consedi sequia que volo qui omnient es aut dolorum hictes eum volupti ustecatur adis excernatent quidi beat. Ga. Ut ut occusda nditiis alis accum reperum harissit, nonsequibus mil ipiduci derciur re voluptatusam voluptam, aut adit andaectectas plis minctem fuga. Onse coreped ut expe is as ut volumqu ibusam harciis de velia dolore vent raesci unti nulpa delit porum, illeniet omnieni hilitis mincia simo tem imperae. Ut labo. Et ipit, quiate et pa elia evernate voleser feratur accab ipis verio. Bis rem non nullabo ribus, od molorporias doluptam repudandunt iundandant, odit ulpa sum voluptaque cupta consequ iaspediae plique exerupt ature, to mostrumet ut andicie nduntet atium quata cullorum quuntecus doluptatur, quam, odigenit omnis explati aliqui tenis ma qui sequiassust incti ari torit omnihictur? Danditem intes maio essed molum hit laborum etur remquam natias nonet evellab orendendus nossit quis eatempost evelique et re demquia dolorep recerum que sintota temporecte nullam cum esequo endaeriorest ex eos explabo rehenda simaiore nus explit, si rercil eristem estem que postiur, ommoluptatur re apidem quiati reprae pedit illorest utas re pe vendaer natur, se quid es is mo que sunt autem enem excepud ipsam, vitis dipsum sim idis quas dolorum vel eaque conecta que volutem. Daesedi oditibus quate porem quisque volum rene eatempore conessint aut omnis dolorehendia qui tes consed[1] magnatquam faceatesto et odi odiciaspero consecae quia nis esci veroribusam ipita non conem reperrorest lantius saeptam qui ut faceptat asincilit alit lam cone sandit reped quatem simolupta sedigendebit faccum velignit officia cus exces re nim que nosam ad eaqui te et am quate volupti nctotat[2] iaerspe nonsent iorestium eiciunt aut ent volorep eliqui cori sed ea nate nostist vellum iumquatio. Sant qui solestendus qui anihici blanihi llatiat ionecaborem quamendae as aut eat et volupta quoditat esti volori quam, quosaer ionsecaborro voluptas quasin eum a nectus aut erferer ibusdaesti ario et ius rem qui odi ut que vel maximin es venest dolestiis dolorem quiaerchic temqui odit esequas piditas dolenem vendis ra erum et facest inum ent porem iumque vereic te et ut arum es peri qui consequid quo ium volum nonsequi te voloreic tem ut essin pratur ratus sitium aturibe atendisciae et laut est laborem est verum, commodignita dessunt fugias ulparum corro tem veliquis dolorera coribus cusam sa dolectem ad quam in cus, is eveliqui rerepel id minis dolut fuga. Itat aut harciendes et volupta tiorestia volorem as essitium, occat.

[1]Là, on peut imaginer une note de bas de page.
[2]Et là, une autre.





Sommaire

P. 6 dossier thEmatique : Le suburbain

P. 9 - Un quartier suburbain de Bourges-Avaricum
Jacques Troadec - Ancien conservateur du patrimoine en chef
Nadine Rouquet - Attachée de conservation du patrimoine

P. 11 - Une officine de potier
Nadine Rouquet - Attachée de conservation du patrimoine

P. 13 - Le renouveau médiéval : Saint-Jean-Baptiste
Philippe Goldman -

P. 49 - Une nouvelle organisation de l’espace :
paroisse et parcellaire... (11e – début 19e siècle)
Philippe Goldman -

P. 57 - Banlieue, périphérie, septaine
Jean-François Babouin - Docteur en droit, professeur à l’IUT de Bourges

P. 75 - Urbanisme contemporain
Jean-Pierre Roger - Géographe


P. 243 Varia

P. 245 - Le village de Bommiers (Indre)
Nadine Rouquet - Attachée de conservation du patrimoine

P. 275 - Établissement rural des Grandes Varennes
(La Chapelle-Saint-Ursin)
Nadine Rouquet - Attachée de conservation du patrimoine











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Le suburbain

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Fig. 1
Détail du décor de l’attache inférieure de l’anse. Le motif est semblable à celui d’une œnochoé de la maison de Ménandre à Pompéi : une sphinge dont le buste, représenté de face, est encadré par deux corps du même monstre, vus de profil. La lecture sur l’anse de Châteaumeillant est rendue difficile par l’usure et les lacune.












Un quartier suburbain

de Bourges-Avaricum

Une extension urbaine rive gauche de l’Auron

(1er - 4e s.)




Nadine Rouquet

Jacques Troadec



Ces vingt-cinq dernières années, l’archéologie urbaine approche peu à peu la réalité d’un quartier suburbain de la ville antique : infrastructures, organisation, fonctions, modes de construction...


















La découverte extraordinaire des objets qui ont été remontés le 24 juillet du puits 269 par Bruno Zélie lors des fouilles archéologiques de 2012 dirigées par l’archéologue Sophie Krausz, maître de conférences HDR en protohistoire européenne à l’université de Bordeaux-Montaigne, ont sans doute profondément marqué toute l’équipe de fouilles, mais elle aura aussi marqué indubitablement les élus locaux.

Et pourtant, lors des élections municipales de 2008 à l’issue desquelles j’ai été élu Maire de Châteaumeillant, nous avions bien marqué notre volonté de soutenir les campagnes de fouilles. Mais comment aurait-on pu espérer découvrir un jour au fond d’un puits des véritables pièces d’orfèvrerie vieilles de 2000 ans !

La découverte extraordinaire des objets

Ce mardi 24 juillet 2012, j’étais éloigné de Châteaumeillant lorsqu’en fin d’après midi j’ai reçu un appel téléphonique de Sophie me demandant de venir d’urgence sur le site des fouilles. Je me souviens qu’elle ne m’a pas donné de précisions mais je sentais qu’elle avait la gorge serrée et le ton était grave. Je suis arrivé à Châteaumeillant après une heure de route et un peu inquiet parce j’imaginais qu’il avait pu y avoir un problème sur le chantier.

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Fig. 2
Musée de Chateaumeillant.

Lors de la première campagne

Lorsque je suis arrivé sur le site des fouilles, j’ai découvert Sophie Krausz et son équipe plutôt abasourdis par la découverte qu’ils venaient de faire, et je l’ai été aussi. J’aurais pourtant pu laisser éclater ma joie mais le moment était tellement important, presque grave, que j’étais plutôt figé. Rendez-vous compte, nous avions entre les mains des objets vieux de vingt siècles !

Juste avant la seconde

Dans les jours, les semaines et les mois qui suivirent, une extraordinaire machine s’est mise en route pour la conservation des 5628 pièces remontées du puits, leur analyse et leur restauration. Le 5 juillet 2013, un an après, dans la cour du Musée Émile Chénon, sous une chaleur torride, nous avons présenté les quatre pièces principales aux représentants de nos différents partenaires : État, DRAC, Région, Département et bien d’autres qu’il serait trop long de citer. La satisfaction, la joie, et sans doute aussi un peu de fierté étaient au rendez-vous et je me souviens d’avoir été particulièrement sollicité ce jour-là pour que toutes les pièces reviennent au Musée de Châteaumeillant. Tous les partenaires m’ont assuré de leur soutien et nous avons vu rapidement que leurs promesses n’étaient pas vaines.

Juste après la première

Du coup, outre la réhabilitation partielle du bâtiment déjà engagée, un grand toilettage et une modernisation du Musée devenaient indispensables. Il fallait impérativement revoir la muséographie et ça, c’est un travail de spécialiste. Et c’est là, devant la grandeur de la situation, que les bonnes volontés se dévoilent. Gérard Coulon, conservateur en chef honoraire du patrimoine, longtemps responsable d’Argentomagus, historien et écrivain, se propose d’imaginer cette nouvelle muséographie et le Conseil municipal l’a acceptée à l’unanimité le 4 novembre 2013. Catherine Autissier, architecte castraise, est choisie pour en assurer la maîtrise d’œuvre et Sophie Lacan, jeune responsable scientifique, est embauchée en qualité de chef de projet par la suite. Après un an de démarches incontournables, les travaux commencent en janvier 2015 sous la maitrise d’ouvrage des élus locaux. C’est extraordinaire comment les choses peuvent aller vite quand tout le monde y met de la bonne volonté !
C’est ainsi que le Musée rénové a été inauguré le samedi 6 juin 2015 à la satisfaction générale. Châteaumeillant dispose maintenant d’un très bel outil pour faire vivre son histoire et, si vous ne l’avez pas encore fait, je vous invite vivement à aller le visiter. Vous verrez que beaucoup de questions se posent encore et que la curiosité grandit à chaque découverte. Comme moi, vous regretterez sans doute de ne pas avoir la faculté d’accéder à tous les trésors qui sont encore enfouis sous nos pieds.
Au XIXe s., Émile Chénon avait connaissance de vingt à vingt-cinq puits, tous situés dans le quartier Saint-Martin. Certains avaient été observés par les habitants du quartier, d’autres ont été fouillés et étudiés par Chénon lui-même entre 1898 et 1923. Les puits qu’il décrit sont tous de section circulaire, autour de 1,20 m de diamètre intérieur. La majeure partie d’entre eux possédait un parement interne en pierre, tantôt encore en place, tantôt démonté ou effondré. Leurs profondeurs sont en moyenne de 15 m et jusqu’à 20 m. Les objets retrouvés au cours des fouilles sont divers. À plusieurs reprises sont mentionnés des vases complets en céramique à différents niveaux du comblement ou au fond, dans la boue humide. Sont également évoqués des débris de construction (tuiles, enduits peints, chapiteaux) et de grandes quantités d’ossements d’animaux domestiques. Une œnochoé* de bronze, haute de 21 cm, non décorée, provient du puits Perrot. Parmi les autres objets métalliques, Chénon signale à deux reprises des chaudrons en tôle de bronze en mauvais état, ainsi que divers objets en fer dont des outils. Il mentionne également des poids en plomb munis d’anneaux ou de chaînes, ainsi que des fragments de figurines en terre cuite.


Lors de la seconde campagne

Alors qu’il les considère d’abord comme des puits funéraires, suivant en cela les interprétations de son temps, il reconnaît plus tard qu’il s’est trompé et opte finalement pour des puits à eau. Il se rend compte, en effet, qu’il n’y a pas d’ossements humains dans les puits fouillés, car il a pris soin de faire identifier systématiquement par le vétérinaire de Châteaumeillant les abondants restes osseux recueillis. Pour étayer sa nouvelle interprétation, il se fonde sur la présence de matériel de puisage dans presque tous les cas : chaînes et crochets en fer, seaux en bois et en fer, anses de seaux ou encore douelles de bois.

Juste avant la seconde

La fouille d’un puits ressemble, par certains côtés, à l’exploration d’une grotte par des spéléologues, avec son lot de surprises et de dangers. Dès le début du mois de juillet 2012, nous savions que le puits 269 n’était pas en bon état. En effet, Bruno Zélie qui dirigeait la fouille de cette cavité, a rapidement constaté que le parement interne s’était partiellement effondré à l’intérieur. Ce choix eut pour conséquence de ralentir considérablement la progression de la fouille vers le fond du puits [1].

Après deux semaines de travail acharné et très difficile, les archéologues du puits étaient fatigués et démoralisés. Et pour cause : le démontage de la paroi interne s’avérait particulièrement épuisant et ils avaient déjà atteint 10 mètres de profondeur sans trouver quoi que ce soit, ou presque ! Seulement quelques petits tessons de céramique et de tuile. Ils commençaient à se demander si le jeu en valait la chandelle car cette cavité semblait désespérément vide de tout matériel archéologique.

 Ce puits ne m’inspirait décidément pas…

En effet, j’attendais impatiemment que Bruno et Guillaume déplacent la structure sécurisée pour l’installer au-dessus du puits 310 que nous devions également fouiller en juillet. Je fondais beaucoup d’espoir dans l’exploration de cet autre puits car on y avait trouvé plusieurs petits vases gallo-romains complets, au cours d’une rapide intervention de reconnaissance en 2010. Je pensais qu’il serait beaucoup plus intéressant que le puits 269. Mais les problèmes de sécurité me préoccupaient et je ne voulais prendre aucun risque sur mon chantier. Alors, je ne fus pas étonnée lorsque le 22 juillet, à 8h du matin, Bruno m’annonça qu’il fallait arrêter l’exploration du puits 269 à la profondeur de 10 mètres. La cavité n’était probablement comblée que par de la terre et des pierres et il s’avérait peut-être dangereux de continuer. A 8h05, j’étais soulagée qu’il mette fin à la fouille. Je lui demandai simplement de terminer les relevés et les photographies nécessaires. Sans oublier de lui préciser qu’il déplace au plus vite la structure sécurisée vers le puits 310. Mais c’était sans compter sur la ténacité et l’intuition extraordinaires de mon collègue. A la pause-café de 10h, voilà qu’il m’annonce qu’il ne veut pas lâcher le puits 269 : ” C’est une affaire entre lui et moi ” me lance-t-il ! Je suis déçue pour ” mon ” puits 310, mais je le laisse faire car je lui accorde une entière confiance. La suite lui donnera raison : l’œnochoé* apparaît le lendemain, et le lion le 24 juillet en fin d’après-midi.

Je me souviendrai toujours de cet instant. J’étais avec des étudiants à l’autre extrémité du chantier et nous avons entendu un grand cri venu des tréfonds du puits 269. Bruno a dû crier très fort car il était tout de même à 14 m de profondeur et tout le monde l’a entendu ! Nous nous sommes alors tous précipités vers le puits. Bruno était encore au fond et Guillaume Gouzon, qui était à la manœuvre au sommet, me dit ” Il a trouvé quelque chose d’important ”. Me penchant, je lance à Bruno
[2] : ” Ça va au fond ? ” Aussitôt il me répond : ” Oui super, prépare-toi à voir remonter une chose incroyable ! ”.

Le temps s’est alors arrêté. Le silence était total sur le chantier du Paradis. Les secondes s’égrenaient et nous attendions tous que Bruno remonte des profondeurs de l’oppidum* de Châteaumeillant.




En tôle de bronze

Tous les yeux sont rivés sur le treuil qui n’en finit pas de tourner avec son petit bruit électrique. Quatorze mètres c’est long ! Et tout à coup, je vois le casque puis le visage de Bruno couverts de boue. Avec un immense sourire aux lèvres, il serre le lion dans ses bras. Les cris de surprise de mes étudiants et les applaudissements l’accueillent, lui et le lion. Je comprends très vite que nous venons de faire une découverte archéologique extraordinaire. Le cœur battant, je saisis mon téléphone et mon premier appel est pour Guy Bergerault, maire de Châteaumeillant.

Un œnochoé

Il s’agit d’une œnochoé* à fond plat et à embouchure trilobée d’une hauteur de 16 cm. Son épiderme est assez dégradé et la panse présente des fissures. Il est probable qu’elle était déjà en mauvais état quand elle a été jetée dans le puits. En témoigne l’érosion des surfaces et des décors de l’anse. Ces entailles sont visiblement anciennes et n’ont pas été occasionnées par le choc dans le puits, puisque le vase n’est pas déformé.

Le premier jamais trouvé

La cruche est trapue et repose sur un fond large. La panse est ovoïde, le col tronconique et l’épaulement présentent un angle assez marqué. L’embouchure comprend trois lobes de dimensions à peu près égales, le lobe verseur étant légèrement plus allongé.

L’anse n’a pas été retrouvée en place sur le vase, mais on peut cependant affirmer qu’elle lui appartient et qu’elle s’est désolidarisée lors du jet dans le puits. On peut également affirmer qu’il ne s’agit pas de l’anse d’origine, mais d’une anse de remplacement. En effet, Stéphane Lemoine, qui a restauré cette pièce, a observé deux trous de rivets sur le mascaron de l’anse, qui ne correspondent à aucune perforation dans la panse de l’œnochoé. Ces trous sont comblés par un métal blanc (probablement un mélange de plomb et d’étain) qui a servi à ajuster par brasure la nouvelle anse à la panse. Et malgré le soin apporté à l’adaptation de l’anse sur l’embouchure lors de la réparation, les pièces sont mal jointes et un jour subsiste entre les deux.


Les deux décors

L’anse comporte deux décors, l’un à l’extrémité supérieure, l’autre à l’attache inférieure. En haut, on observe un visage humain apparaissant sous un capuchon qui couvre les oreilles jusqu’à la base des maxillaires. Sur le visage, les deux yeux, la bouche et le nez sont perceptibles, mais sans détails, en raison de la forte érosion du motif. Selon une position classique, les bras du personnage sont largement écartés et reposent partiellement sur la lèvre de l’œnochoé. Le dos du personnage est marqué par une ciselure centrale qui évoque la colonne vertébrale. Le décor de l’attache inférieure, lacunaire, montre une petite protubérance qui figure une seconde tête humaine, plus érodée encore que la première.

Le premier

On ne perçoit que la forme ovale et régulière d’un visage dont tous les détails anatomiques sont effacés par l’usure. Sous cette tête se développe un buste représenté de face, et plus bas, de chaque côté et figurés de profil, on distingue le corps, les pattes et la queue de deux animaux semblables, accroupis et affrontés. Il manque la partie inférieure du motif, visiblement brisée.

Le second

En dépit de son usure et de ses lacunes, ce motif de l’attache inférieure de l’anse, extrêmement rare, est identique à celui d’une œnochoé découverte à Pompéi dans la maison de Ménandre*.

En raison de la réparation, la cruche et l’anse de Châteaumeillant doivent être datés séparément. Le récipient est une production italique courante entre le Ier s et le IIIe s. apr. J.-C. Quant à l’anse, son état d’usure suggère une datation plus ancienne qui pourrait remonter à la fin du Ier s. apr. J.-C. Elle aussi est une production italique et peut-être même pompéienne.

Ajoutons enfin qu’un puits de Châteaumeillant avait déjà livré une œnochoé de bronze. En 1900, la fouille du puits Perrot permit d’en recueillir une – aujourd’hui perdue – dont la panse, selon Émile Chénon, était ” percée de plusieurs trous, provenant de l’usure ”. L’anse, dépourvue de décor aux attaches, n’était ornée que de simples guillochures.

La découverte extraordinaire des objets qui ont été remontés le 24 juillet du puits 269 par Bruno Zélie lors des fouilles archéologiques de 2012 dirigées par l’archéologue Sophie Krausz, maître de conférences HDR en protohistoire européenne à l’université de Bordeaux-Montaigne, ont sans doute profondément marqué toute l’équipe de fouilles, mais elle aura aussi marqué indubitablement les élus locaux.

Et pourtant, lors des élections municipales de 2008 à l’issue desquelles j’ai été élu Maire de Châteaumeillant, nous avions bien marqué notre volonté de soutenir les campagnes de fouilles. Mais comment aurait-on pu espérer découvrir un jour au fond d’un puits des véritables pièces d’orfèvrerie vieilles de 2000 ans !

Ce mardi 24 juillet 2012, j’étais éloigné de Châteaumeillant lorsqu’en fin d’après midi j’ai reçu un appel téléphonique de Sophie me demandant de venir d’urgence sur le site des fouilles. Je me souviens qu’elle ne m’a pas donné de précisions mais je sentais qu’elle avait la gorge serrée et le ton était grave. Je suis arrivé à Châteaumeillant après une heure de route et un peu inquiet parce j’imaginais qu’il avait pu y avoir un problème sur le chantier.

Lorsque je suis arrivé sur le site des fouilles, j’ai découvert Sophie Krausz et son équipe plutôt abasourdis par la découverte qu’ils venaient de faire, et je l’ai été aussi. J’aurais pourtant pu laisser éclater ma joie mais le moment était tellement important, presque grave, que j’étais plutôt figé. Rendez-vous compte, nous avions entre les mains des objets vieux de vingt siècles !

Dans les jours, les semaines et les mois qui suivirent, une extraordinaire machine s’est mise en route pour la conservation des 5628 pièces remontées du puits, leur analyse et leur restauration. Le 5 juillet 2013, un an après, dans la cour du Musée Émile Chénon, sous une chaleur torride, nous avons présenté les quatre pièces principales aux représentants de nos différents partenaires : État, DRAC, Région, Département et bien d’autres qu’il serait trop long de citer. La satisfaction, la joie, et sans doute aussi un peu de fierté étaient au rendez-vous et je me souviens d’avoir été particulièrement sollicité ce jour-là pour que toutes les pièces reviennent au Musée de Châteaumeillant. Tous les partenaires m’ont assuré de leur soutien et nous avons vu rapidement que leurs promesses n’étaient pas vaines.

Du coup, outre la réhabilitation partielle du bâtiment déjà engagée, un grand toilettage et une modernisation du Musée devenaient indispensables. Il fallait impérativement revoir la muséographie et ça, c’est un travail de spécialiste. Et c’est là, devant la grandeur de la situation, que les bonnes volontés se dévoilent. Gérard Coulon, conservateur en chef honoraire du patrimoine, longtemps responsable d’Argentomagus, historien et écrivain, se propose d’imaginer cette nouvelle muséographie et le Conseil municipal l’a acceptée à l’unanimité le 4 novembre 2013. Catherine Autissier, architecte castraise, est choisie pour en assurer la maîtrise d’œuvre et Sophie Lacan, jeune responsable scientifique, est embauchée en qualité de chef de projet par la suite. Après un an de démarches incontournables, les travaux commencent en janvier 2015 sous la maitrise d’ouvrage des élus locaux. C’est extraordinaire comment les choses peuvent aller vite quand tout le monde y met de la bonne volonté !


C’est ainsi que le Musée rénové a été inauguré le samedi 6 juin 2015 à la satisfaction générale. Châteaumeillant dispose maintenant d’un très bel outil pour faire vivre son histoire et, si vous ne l’avez pas encore fait, je vous invite vivement à aller le visiter. Vous verrez que beaucoup de questions se posent encore et que la curiosité grandit à chaque découverte. Comme moi, vous regretterez sans doute de ne pas avoir la faculté d’accéder à tous les trésors qui sont encore enfouis sous nos pieds.

Au XIXe s., Émile Chénon avait connaissance de vingt à vingt-cinq puits, tous situés dans le quartier Saint-Martin. Certains avaient été observés par les habitants du quartier, d’autres ont été fouillés et étudiés par Chénon lui-même entre 1898 et 1923. Les puits qu’il décrit sont tous de section circulaire, autour de 1,20 m de diamètre intérieur. La majeure partie d’entre eux possédait un parement interne en pierre, tantôt encore en place, tantôt démonté ou effondré. Leurs profondeurs sont en moyenne de 15 m et jusqu’à 20 m. Les objets retrouvés au cours des fouilles sont divers. À plusieurs reprises sont mentionnés des vases complets en céramique à différents niveaux du comblement ou au fond, dans la boue humide. Sont également évoqués des débris de construction (tuiles, enduits peints, chapiteaux) et de grandes quantités d’ossements d’animaux domestiques. Une œnochoé* de bronze, haute de 21 cm, non décorée, provient du puits Perrot. Parmi les autres objets métalliques, Chénon signale à deux reprises des chaudrons en tôle de bronze en mauvais état, ainsi que divers objets en fer dont des outils. Il mentionne également des poids en plomb munis d’anneaux ou de chaînes, ainsi que des fragments de figurines en terre cuite.

Alors qu’il les considère d’abord comme des puits funéraires, suivant en cela les interprétations de son temps, il reconnaît plus tard qu’il s’est trompé et opte finalement pour des puits à eau. Il se rend compte, en effet, qu’il n’y a pas d’ossements humains dans les puits fouillés, car il a pris soin de faire identifier systématiquement par le vétérinaire de Châteaumeillant les abondants restes osseux recueillis. Pour étayer sa nouvelle interprétation, il se fonde sur la présence de matériel de puisage dans presque tous les cas : chaînes et crochets en fer, seaux en bois et en fer, anses de seaux ou encore douelles de bois.

La fouille d’un puits ressemble, par certains côtés, à l’exploration d’une grotte par des spéléologues, avec son lot de surprises et de dangers. Dès le début du mois de juillet 2012, nous savions que le puits 269 n’était pas en bon état. En effet, Bruno Zélie qui dirigeait la fouille de cette cavité, a rapidement constaté que le parement interne s’était partiellement effondré à l’intérieur. De ce fait, il a décidé de le démonter intégralement au fur et à mesure de la fouille, pour éviter qu’il ne s’écroule sur les fouilleurs pendant l’exploration. Ce choix eut pour conséquence de ralentir considérablement la progression de la fouille vers le fond du puits.

Après deux semaines de travail acharné et très difficile, les archéologues du puits étaient fatigués et démoralisés. Et pour cause : le démontage de la paroi interne s’avérait particulièrement épuisant et ils avaient déjà atteint 10 mètres de profondeur sans trouver quoi que ce soit, ou presque ! Seulement quelques petits tessons de céramique et de tuile. Ils commençaient à se demander si le jeu en valait la chandelle car cette cavité semblait désespérément vide de tout matériel archéologique.

De mon côté, et depuis le début, ce puits ne m’inspirait décidément pas…

En effet, j’attendais impatiemment que Bruno et Guillaume déplacent la structure sécurisée pour l’installer au-dessus du puits[3] 310 que nous devions également fouiller en juillet. Je fondais beaucoup d’espoir dans l’exploration de cet autre puits car on y avait trouvé plusieurs petits vases gallo-romains complets, au cours d’une rapide intervention de reconnaissance en 2010. Je pensais qu’il serait beaucoup plus intéressant que le puits 269. Mais les problèmes de sécurité me préoccupaient et je ne voulais prendre aucun risque sur mon chantier. Alors, je ne fus pas étonnée lorsque le 22 juillet, à 8h du matin, Bruno m’annonça qu’il fallait arrêter l’exploration du puits 269 à la profondeur de 10 mètres. La cavité n’était probablement comblée que par de la terre et des pierres et il s’avérait peut-être dangereux de continuer. A 8h05, j’étais soulagée qu’il mette fin à la fouille. Je lui demandai simplement de terminer les relevés et les photographies nécessaires. Sans oublier de lui préciser qu’il déplace au plus vite la structure sécurisée vers le puits 310. Mais c’était sans compter sur la ténacité et l’intuition extraordinaires de mon collègue. A la pause-café de 10h, voilà qu’il m’annonce qu’il ne veut pas lâcher le puits 269 : ” C’est une affaire entre lui et moi ” me lance-t-il ! Je suis déçue pour ” mon ” puits 310, mais je le laisse faire car je lui accorde une entière confiance. La suite lui donnera raison : l’œnochoé* apparaît le lendemain, et le lion le 24 juillet en fin d’après-midi.


Je me souviendrai toujours de cet instant. J’étais avec des étudiants à l’autre extrémité du chantier et nous avons entendu un grand cri venu des tréfonds du puits 269. Bruno a dû crier très fort car il était tout de même à 14 m de profondeur et tout le monde l’a entendu ! Nous nous sommes alors tous précipités vers le puits. Bruno était encore au fond et Guillaume Gouzon, qui était à la manœuvre au sommet, me dit ” Il a trouvé quelque chose d’important ”. Me penchant, je lance à Bruno : ” Ça va au fond ? ” Aussitôt il me répond : ” Oui super, prépare-toi à voir remonter une chose incroyable ! ”.

Le temps s’est alors arrêté. Le silence était total sur le chantier du Paradis. Les secondes s’égrenaient et nous attendions tous que Bruno remonte des profondeurs de l’oppidum* de Châteaumeillant.

Qu’avait-il donc trouvé ?

Tous les yeux sont rivés sur le treuil qui n’en finit pas de tourner avec son petit bruit électrique. Quatorze mètres c’est long ! Et tout à coup, je vois le casque puis le visage de Bruno couverts de boue. Avec un immense sourire aux lèvres, il serre le lion dans ses bras. Les cris de surprise de mes étudiants et les applaudissements l’accueillent, lui et le lion. Je comprends très vite que nous venons de faire une découverte archéologique extraordinaire. Le cœur battant, je saisis mon téléphone et mon premier appel est pour Guy Bergerault, maire de Châteaumeillant.

En tôle de bronze, il s’agit d’une œnochoé* à fond plat et à embouchure trilobée d’une hauteur de 16 cm. Son épiderme est assez dégradé et la panse présente des fissures. Il est probable qu’elle était déjà en mauvais état quand elle a été jetée dans le puits. En témoigne l’érosion des surfaces et des décors de l’anse. Ces entailles sont visiblement anciennes et n’ont pas été occasionnées par le choc dans le puits, puisque le vase n’est pas déformé.

Ces vingt-cinq dernières années, l’archéologie urbaine approche peu à peu la réalité d’un quartier suburbain de la ville antique : infrastructures, organisation, fonctions, modes de construction...

Jusqu’aux années 1980 on considérait le cours de l’Auron comme une limite à l’extension du milieu urbanisé antique (* DEPAVF, Carte Archéologique, OR, JPA et Cl.B, G.Coulon : les GR, polycopié Urbanisme gallo-romain..., Pinon, Errance : urbanisme et architecture..., Histoire urbaine de la France).

Les opérations archéologiques menées depuis 25 ans dans ce secteur de la ville actuelle modifient considérablement cette vision. La fouille de la rue de La Fontaine révèle des fours de potiers pour la première fois à Bourges et dans ses environs immédiats. Outre les informations sur l’organisation de l’espace (tripartition fonctionnelle : artisanat, habitat, dépotoir), l’opération livre les éléments stratigraphiques et mobiliers propres à établir une chronologie objective affinée (* Troadec, Rouquet 2015).

Une caractéristique majeure du milieu urbanisé ancien de Bourges tient à l’unité de lieu : l’éperon de plateau domine d’une vingtaine de mètres les rivières et les marais ; il devient l’épicentre d’une agglomération dès le 6e siècle avant J.-C.

Le site de modeste hauteur, protégé sur presque toutes ses faces par un réseau de cours d’eau et de marais, favorise l’installation permanente, et la fortification selon les époques (1er siècle avant J.-C. ; 4e siècle après J.-C. ; milieu du 12e siècle).

Ces éléments, - relief, hydographie et fortification -, déterminent la structure de l’espace urbanisé ancien et la forme de la ville (* Troadec 2001 et 1996).

Du 1er siècle jusqu’au 3e siècle après J.-C., Avaricum est une ville ouverte. Les bâtisseurs ont fait table rase du passé ; ils modifient le relief de l’éperon, en particulier le versant occidental (actuel espace des Jacobins) : excavations massives, terrasses, monumentalisation (* OR, JPA et Cl. B, Bouet...).

A son apogée, le milieu urbanisé antique, à partir d’un noyau civique (forum, édifices publics...) couvre une centaine d’hectares ; il s’étend au sud sur le plateau, sur les versants de l’éperon...

Et comme le montrent les découvertes récentes, l’urbanisation outrepasse l’Auron : sur la rive gauche de la rivière, un quartier suburbain se développe progressivement. Son organisation est déterminée par les voies, fluviale et routières...



Conditions du terrain et infrastructures

La rivière et le réseau viaire déterminent l’organisation du quartier suburbain qui se développe dans la première moitié du 1er siècle après J.-C. Ils apparaissent comme une condition première des modes d’installations et d’activités ; par eux transitent les flux terrestres et fluviaux qui innervent et modèlent l’espace urbain à cette entrée de ville.

L’Auron traverse l’agglomération de Bourges dans une direction sud-nord. Pour partie, le quartier suburbain s’étend dans l’emprise de la plaine alluviale, une vallée entaillée dans un vaste plateau calcaire Jurassique (* Aude Perrineau...).
Le cours de l’Auron, aujourd’hui canalisé et particulièrement resserré, est ici large d’une trentaine de mètres (* Les quais de l’Auron se trouvent actuellement à une altitude avoisinant les 126 m et le site à une altitude comprise entre 128 m à l’est et 129 m à l’ouest).
La vallée proprement dite, identifiée par son lit majeur et les dépôts alluvionnaires récents, est large de 700 m environ.
Les vestiges archéologiques couvrent et entament la formation géologique dont le niveau supérieur (* d’une épaisseur moyenne de 0,25 m), un limon sableux de couleur orangée, homogène et compact, surmonte une alternance de niveaux homogènes, de grave (cailloutis calcaire et sables grossiers mélangés) et de sable jaunâtre. (* Ces formations alluviales ont été identifiées sur une épaisseur de 2,50 m sans que le sondage archéologique en épuise toute l’épaisseur).
Le niveau géologique supérieur a été identifié en trois endroits proches les uns des autres.
Ces alluvions anciennes forment une terrasse supérieure, une sorte de môle en léger surplomb de la plaine alluviale environnante, et favorable à l’installation humaine.
L’Auron est une voie navigable à l’époque antique. En amont de Bourges d’un bassin romain datant du 1er siècle sur la rive droite de la rivière partaient des matériaux et d’autres produits vers la ville proche (* Ferdière).
A 200 m du passage sur l’Auron, des niveaux successifs de comblement des dépôts d’alluvions remaniés et des empierrements peuvent être rapprochés d’ouvrages d’assainissement et de mise hors d’eau sur la rive gauche de la rivière (* rue Jongleux). On ne connaît pas d’autre aménagement de manière explicite en cet endroit de la ville.
Passé la rivière, un carrefour de voies mène en direction d’Argenton, Tours, Clermont (* historiographie).
Les axes de construction du quartier suburbain sont perpendiculaires à la voie vers Argenton, ce qui tend à confirmer le tracé de cette dernière. Comme les constructions mises au jour précédemment établies dès le 1er siècle, la demeure découverte rue de La Fontaine est édifiée en limite de l’espace urbanisé et au milieu du 2e siècle ; que le même axe fort soit observé indique une forte contrainte parcellaire toujours active.

Les constructions sont densément regroupées en façade des voies.




Chronologie d’une urbanisation

La chronologie générale du gisement est établie selon 12 séquences, du deuxième quart du 1er siècle à la première moitié du 4e siècle, de l’installation de fours de potiers à l’abandon définitif et le démantèlement des constructions.

Des activités artisanales

Le quartier est pour partie à vocation résidentielle et sans doute commerciale ; divers artisanats y sont identifiés et une activité d’extraction de matériaux. Ces activités marquent prioritairement le tissu suburbain.
Plusieurs activités artisanales sont attestées ou suggérées : activité potière (céramiques et pesons) dont le temps fort a lieu dans une période couvrant le second quart et la seconde moitié du 1er siècle  ; forge avec un temps fort au cours du 2e siècle ; tissage probable, activité qui prendrait fin sur le site en même temps que la production potière, dans la seconde moitié du 1er siècle … Plusieurs grandes fosses d’extraction entament profondément le substrat : les matériaux (sable et grave calcaire) servent à la construction, voire aux activités artisanales, en particulier la poterie. L’activité dans le secteur artisanal semble ne pas se poursuivre au-delà de la première moitié du 3e siècle.

Sept états chronologiques sont distingués dans un secteur artisanal.

La répartition des vestiges apparaît relativement lâche et irrégulière, mais il est vrai qu’une grande partie du secteur artisanal reste inexploré. Un groupe dense et stratifié se distingue néanmoins, regroupé autour des fours et d’une fosse artisanale ; groupe limité côté sud et qui se prolonge côté nord, au-delà de la limite de fouille. Ce groupe présente la plus forte densité de stratification, impliquée dans les six premiers états chronologiques distingués. Un drain et un puits sont rapprochés de ce groupe : leur fonction suggère un lien avec les vestiges artisanaux, en particulier les fours de potiers. Une partie de ce groupe est détruit par une grande excavation ; c’est le constat à la fouille pour un four mais d’autres vestiges ont pu totalement disparaître. Pour autant, l’espace ouvert côté sud-ouest jusqu’au mur de l’habitat, sur une surface de 30 à 40 m², est libre de vestiges. A l’est, les vestiges sont ceux de fosses d’extraction ; la partie occidentale ne livre aucun vestige.
Les traces les plus anciennes identifiées se rapportent à un fossé dont le comblement livre des éléments de la première moitié du 1er siècle, voire plus précisément d’une période 15-40 après J.-C. Le démantèlement et le comblement des fours sont réalisés dans la seconde moitié, voire dans le troisième quart du 1er siècle ; leur mise en service aurait eu lieu dans le deuxième quart du 1er siècle. Démantelés et comblés dans la seconde moitié du 1er siècle, les deux fours sont recoupés à plusieurs reprises. Dans le dernier quart du 2e siècle, deux fosses d’extraction situées en limite orientale de l’emprise sont comblées et la fermeture d’une grande fosse quadrangulaire est amorcée et définitivement réalisée dans la première moitié du 3e siècle. Deux petites constructions rudimentaires, localisées en limite de fouille et très partiellement explorées, sont postérieures à la grande fosse quadrangulaire et datables de la première moitié du 3e siècle. Enfin, le comblement et la fermeture les plus tardifs dans le secteur artisanal concernent le puits : le comblement, dans sa partie reconnue, est amorcé à partir de la fin du 3e siècle et la fermeture définitive est acquise à partir du début du 4e siècle. Des activités de tissage et de forge sont indirectement renseignées par des rebuts trouvés de manière plus ou moins diffuse dans le comblement des fours, celui de différentes fosses et dans les rejets accumulés dans le secteur dépotoir. La pratique in situ de ces activités est posée comme une hypothèse vraisemblable ; l’apparition et la durée de ces artisanats, en l’absence de lieux et installations de production identifiés restent imprécises et en discussion.La production des pesons dont les rebuts sont trouvés presque exclusivement en secteur artisanal est évoquée. L’homogénéité du matériau utilisé, de la forme et des dimensions des exemplaires étudiés découle d’une standardisation de la production qui répond aux contraintes d’usage des pesons dans le tissage sur métier vertical.

Certains exemplaires porteraient les traces d’utilisation ; sur 23 observations réalisables, 8 au moins révèlent un orifice de forme ovale, déformation qui résulterait d’une mise en œuvre prolongée. En l’état, la présence d’un peson en grès aux dimensions supérieures à celles, homogènes, des pesons en terre cuite, vient discrètement en soutien d’une activité de tissage in situ. Par ailleurs, une production de pesons en terre cuite est destinée à un débouché local, plutôt qu’à une diffusion à plus longue distance. Pour autant, aucune installation en lien avec l’activité de tissage n’apparaît dans l’emprise fouillée. Aucun autre objet (fusaïole…) ou installation ne révèle l’existence d’une autre étape de traitement textile effectuée sur place (filage, teinture...).La concentration massive des rebuts en premier dépôt (plus de 92 % des restes) dans le comblement d’un four, et en situation secondaire dans des installations postérieures venues recouper le four va dans le sens d’une fin de production des pesons dans le troisième quart du 1er siècle. Et par là même, si activité de tissage il y a, son interruption in situ

Les déchets métalliques collectés proviennent pour la plus grande partie des activités de forge. Aucune installation de travail n’est identifiée ; l’activité se perçoit indirectement par les résidus trouvés épars dans l’emprise de la fouille : scories, fragments de parois de foyer, déchets divers. Les déchets, 496 restes pour 20,162 kg, sont répartis en scories (225 restes pour 14,50 kg), en fragments de parois de foyers (240 restes pour 4,50 kg) et en déchets divers (31 restes pour 1,1 kg). Parmi les 225 restes de scories, 23 sont identifiées comme scories de réduction (10 % du total en nombre de restes).


La dispersion par zone est relativement équilibrée à première vue : 190 restes en zone 4, 160 restes en zone 7 et 146 restes en zone 5 ; mais comparativement au volume fouillé, le corpus issu de la zone 7 est sans doute de loin le plus nombreux. Du croisement des données topographiques et chronologiques apparaît un double phénomène : une grande dispersion dans toute l’emprise fouillée et au cours de tous les états chronologiques, d’une part, et trois points de densité très localisés, d’autre part. Dans le secteur artisanal, les déchets métallurgiques sont présents dans toutes les installations excepté dans un « dépôt incertain » et dans le puits , et dans toutes les séquences chronologiques établies depuis le deuxième quart du 1er siècle jusqu’à la première moitié du 3e siècle. Il en va de même dans le secteur habitat ; la dispersion est générale, tant spatiale que chronologique : depuis le comblement d’une excavation antérieure à la demeure antique jusqu’au scellement après démolition de la demeure à partir de la première moitié du 4e siècle. Dans tous les cas, le nombre de rebuts est de quelques unités, excepté en trois endroits précis répartis dans les trois secteurs fonctionnels (artisanal, habitat, dépotoir). La grande fosse quadrangulaire a livré 70 restes (4 scories de réduction, 36 scories de forge, 28 fragments de parois de foyers et 2 déchets divers) sur les 190 trouvés au total dans la zone de fouille. Ces éléments sont pour 63 restes issus de la séquence 3 du comblement comblement daté de la seconde moitié du 2e siècle. Une suite stratigraphique identifiée dans un sondage a livré 60 restes (3 scories de réduction, 28 scories de forge, 29 fragments de parois de foyers et 5 déchets divers) sur les 146 trouvés au total dans la zone de fouille. Ces éléments sont pour 31 restes issus de l’us 5088. La suite stratigraphique est formée au plus tôt à partir de la première moitié du 2e siècle et jusqu’à la fin du 2e siècle au plus tôt. Elle jouxte les pièces d’habitation ; la tranchée de récupération du mur M 14 a coupé les liaisons stratigraphiques avec le bâtiment (voir 2-4-19 Structure 5-2 : Fig. s). Des 160 restes livrés par la zone 7, 137 proviennent du sondage 1 dont 104 issus d’une seule strate (us 7010 : 50 scories de forge, 53 fragments de parois de foyers, 1 déchet et quelques grammes de battitures), fouillée sur 1 m² et 0,10 m d’épaisseur maximale. Cette formation est datée de la fin du 2e siècle au plus tôt.

Une activité de forge in situ constitue une hypothèse plausible, et peut être rapprochée de la présence sur le site de pièces en fer (clavette de moyeu de roue, mèche, burin…). Le point de densité localisé en zone 7 indiquerait la proximité d’une aire de travail au vu du nombre de restes et du sédiment très charbonneux et cendreux. Les deux autres points de densité sont moins explicites. Si les rebuts d’activité de forge apparaissent dès la première implantation structurée dans le secteur artisanal dans le deuxième quart du 1er siècle, les trois ensembles localisés, chacun en un secteur fonctionnel, sont constitués au cours d’une même période amorcée au plus tôt dans la première moitié du 2e siècle et close au plus tôt à la fin du même siècle.

L’activité d’extraction de matériaux du substrat géologique a pu commencer en front de taille dans le versant du talweg, ce qui reste à vérifier. Deux fosses sont à l’écart d’où se concentre l’activité artisanale. L’excavation antérieure à la demeure antique et la grande fosse quadrangulaire ont pu présenter, pour le moins, l’opportunité d’une collecte de matériaux, indépendamment d’une fonction première qui reste inconnue. Le sable et la grave calcaire ont été recherchés pour la construction et des activités artisanales.

Le comblement de la STR 5-5 est acquis à la fin de la première moitié du 2e siècle avant la construction de la demeure ; celui de la grande fosse quadrangulaire et des deux fosses situées en limite Est est acquis dans le dernier quart du 2e siècle, après la construction de la demeure.


Les habitations

Les vestiges d’une demeure antique occupent une grande partie sud-ouest de la fouille , sur une emprise reconnue d’environ 300 m². Excepté côté nord-est les vestiges de la demeure s’étendent au-delà des limites de l’emprise de fouille. Les excavations antérieures à la demeure ont fragilisé la construction ; par exemple, le sol de mortier de tuileau d’une pièce d’habitation s’est affaissé en son centre. Le plan de la demeure est on ne peut plus partiel, situation habituelle en milieu urbain ; il faut ajouter à cet aléa une massive et profonde excavation d’époque contemporaine (19e siècle) sur le flanc ouest de l’aire de fouille.

La demeure est onstruite plus tardivement au sud du secteur artisanal vers le milieu du 2e siècle. Dans l’emprise fouillée, on accède ainsi aux vestiges de plusieurs pièces d’habitation, avec des aménagements intérieurs habituels : sol de mortier de tuileau, foyer mural, enduit peint, à quoi il faut ajouter les éléments épars de placages mural et de sol ; de cours avec diverses installations : un cellier, des fosses, des soles de foyers. L’abandon et la démolition de la demeure antique intervient plus tardivement que dans le cas du secteur artisanal : dans la première moitié du 4e siècle.

Dans le secteur habitat, huit états chronologiques sont distingués. La demeure est mise en place au plus tôt au milieu du 2e siècle, et démantelée au plus tôt dans la première moitié du 4e siècle. Pour la construction en dur, parmi les points d’appui d’une chronologie, le plus sûr et le plus complet tient aux pièces d’habitation  ; cet ensemble fonde, en chronologie relative comme en chronologie absolue, le rythme d’existence de la demeure antique, depuis la mise en place jusqu’au scellement définitif.

La partie accessible de la demeure est organisée selon un axe long nord-ouest/sud-est ; elle comprend deux pièces d’habitation flanquées d’une cour à l’Ouest/Sud-ouest et d’une autre à l’Est/Sud-est. Limité côté oriental par un mur qui fait séparation avec le secteur artisanal, l’ensemble s’étend par ailleurs au-delà des limites de fouille, au sud et au nord-ouest.

Seules trois empreintes de poteaux pourraient correspondre à une construction antérieure à la demeure ; la chronologie objective n’est pas fixée et la destination de ces empreintes est impossible à définir avec trop peu d’éléments. Aucun vestige n’a été mis en relation avec ces empreintes. Une excavation étendue, d’une profondeur pouvant atteindre 1,30 m, antérieure à la demeure du 2e siècle marque l’emplacement de cette dernière ; elle est reconnue dans des sondages dans les cours et sous les deux pièces d’habitation. Le fond d’excavation apparaît irrégulier ; il pourrait alors s’agir d’excavations successives, ponctuelles. En l’absence d’une ouverture complète, la question du degré et du mode d’intervention sur le relief d’origine, et celle du rapport de l’excavation avec l’activité artisanale (extraction ? installations de production ?) restent en suspens. La partie supérieure des remblais est datable de la première moitié du 2e siècle. La demeure est en grande partie établie sur ces remblais.

Les deux pièces d’habitation de la demeure présentent les caractéristiques habituelles des demeures urbaines ; des installations (cellier, foyers, fosses…) sont identifiées dans les cours. Les murs de la demeure, dont il reste quelques rares vestiges de maçonnerie, sont fondés vers le milieu du 2e siècle au plus tôt, ce qui correspond à la mise en service d’un cellier dans la cour et des deux pièces d’habitation.

L’utilisation des cours est explicite dans la seconde moitié du 2e siècle : mise en place d’une sole en lien avec une fosse ; aménagement et début de fonctionnement d’une sole de foyer extérieur.

Le foyer extérieur de la cour est abandonné dans la première moitié du 3e siècle.

Dans le troisième quart du 3e siècle, le cellier est abandonné, comblé et les parties aériennes démontées. Il est impossible de différencier chronologiquement la construction, l’utilisation et l’abandon du cellier, mais la céramique issue de la séquence d’abandon place cette dernière au plus tôt dans le troisième quart du 3e siècle.

L’emplacement du cellier est réutilisé pour l’aménagement d’une pièce d’habitation avec sol de tuileau.

La dernière utilisation et l’abandon des pièces d’habitation interviennent à partir de la première moitié du 4e siècle. A la suite, les maçonneries sont démantelées et récupérées .

Certains évènements dans la cour Sud-ouest sont plus précisément situés dans la première moitié du 4e siècle : fermeture d’un fossé, d’une fosse, comblement d’une excavation, remblai de scellement de la cour ; ils sont contemporains du démantèlement des pièces d’habitation ou immédiatement postérieurs.


L’orientation des axes de construction, nord-ouest/sud-est, est identique à celle observée pour le secteur artisanal. L’ensemble est organisé autour de deux cours, l’une au nord-est, d’une surface minimale reconnue de 62 m², l’autre au sud-ouest, d’une surface minimale reconnue de 200 m². Un mur en façade nord-est fait séparation avec le secteur artisanal et ferme les deux cours. A l’extrémité nord-ouest, apparaît l’angle d’un espace en limite de fouille, délimité par des murs matérialisés principalement par des tranchées de récupération ; trop peu étendu, et détruit côté ouest par une grande excavation contemporaine, il ne sera pas traité plus avant.

Un foyer mural situé dans le mur de séparation de deux pièces fut transformé à une époque indéterminée ; sa fonction pouvait être de chauffage et/ou de cuisine. Le dépôt charbonneux au-devant du foyer contient des carpo-restes où le chêne est majoritaire, associé à des restes d’orme. Aucun vestige de chauffage par hypocauste n’est identifié dans l’aire de fouille ; le fragment de tubulus peut, au mieux, provenir d’un secteur de l’habitat hors l’emprise d’intervention.

Deux pièces d’habitation contigües, flanquées de part et d’autre par les cours, occupent une surface intérieure minimale observée de 40 m². Les pièces s’étendent sur des remblais qui comblent des irrégularités dans le substrat ou des excavations, ce qui a fragilisé la construction, et provoqué en particulier l’affaissement d’un sol en mortier de tuileau.

Le mode de construction, d’après deux segments de maçonnerie subsistants, épais de 0,70 m, emploie des moellons calcaires de formes irrégulières, grossièrement calibrés (0,30 x 0,25 x 0,10 en moyenne), liés au mortier de chaux de couleur jaune ; il ne reste le plus souvent qu’une première assise, excepté le cas particulier du mur de séparation entre deux pièces d’habitation. Ces maçonneries reposent sur une fondation-drain, dont les vestiges sont identifiées par ailleurs : ce mode de fondation consiste en un bourrage de la tranchée de fondation avec de petits blocs calcaires (diamètre moyen : 0,08 à 0,12 m), en vrac et sans liant. Les tranchées de fondation sont d’une profondeur moyenne de 0,50 m. On peut a priori abandonner l’idée d’un étage à usage domestique au-dessus des pièces d’habitation. La présence de fragments de tegulae et d’imbrices, à plat sur le sol, provenant d’une couche de démolition, est à rapprocher du mode de couverture.

La pièce au nord-ouest, la mieux conservée, d’une surface intérieure de 15 m², contient des éléments d’aménagement et de décor intérieurs : foyer mural, sol en mortier de tuileau, enduit peint. Le mur de séparation des deux pièces porte un foyer mural. Le sol, en mortier de tuileau, épais de 0,12 à 0,15 m, repose sur un hérisson de petits blocs calcaire (0,08 à 0,12 m en moyenne). Il est affaissé au centre de la pièce, passant d’un NGF 126,60 au-devant du foyer mural à un NGF 126,30 au centre de la pièce. Des pans d’enduit peint, effondrés, les fragments à plat sur le sol couvraient les murs.

La pièce au sud-est, moins bien conservée que la précédente, d’une surface minimale de 25 m², a subi plusieurs impacts. Le sol en mortier de tuileau (us 5050 = 5052) a disparu aux trois-quarts. Ce qui en reste, très pulvérulent, est d’une moindre qualité que celle du sol de la pièce contigüe : le mortier de tuileau, réduit à une épaisseur de 4 à 5 cm, repose sur un hérisson épais d’une dizaine de centimètres au maximum ; le sol est à un niveau NGF 126,85, légèrement plus élevé d’environ 0,25 m, par rapport à celui de la pièce contigüe. On ne trouve pas trace, même indirecte, d’autre aménagement ou décor comme de l’enduit peint.

Enfin, une pièce est réalisée après la désaffectation d’un cellier dans la cour sud-ouest. Il n’en reste comme trace directe, qu’un sol en mortier de tuileau très altéré, disposé sur un hérisson hétérogène fait de petits blocs calcaires et de fragments de tuiles à plat. Le niveau de sol oscille entre 127,15 et 127,30 NGF ; on peut supposer les limites de la pièce par rapprochement du sol de tuileau avec les murs, récupérés au sud-est, au nord-est et au nord-ouest, la récupération ayant rompu les liaisons stratigraphiques ; mais au sud-ouest, aucun élément de fermeture de la pièce ne peut être identifié.

Trois pièces sont dotées d’un sol en mortier de tuileau, aménagement classique en milieu urbain antique.


Les revêtements muraux sont principalement représentés par des fragments d’enduit peint effondré sur le sol d’une pièce d’habitation au cours du démantèlement et dans les formations de scellement. Les épaisseurs de mortier subsistant varient de 2 à 5 cm. Presque tous les fragments portent au dos le négatif de moellons, quelques uns celui de briques. On distingue trois couleurs de fonds unis principales : ocre-rouge, noir et blanc ; la première catégorie représente, en poids, 57 %, la seconde 14,60 %, la troisième 28,40 %. Les modes de registre utilisent des bandes et filets horizontaux et verticaux de couleurs diverses ; des motifs décoratifs souvent indistincts sont représentés par différentes couleurs. Parmi les modes de registres : sur fond blanc, bandes ocre, orange, rouge, jaune, vert, noir et rose, et filets ocre, rouge et noir ; sur fond ocre,bandes blanc, vert, noir, et filets rouge, marron, vert foncé ; sur fond noir, bande blanc et filets jaune, vert. Parmi les motifs décoratifs, sur 1572 fragments au total, 210 portent un motif décoratif rarement identifié, le plus souvent de couleur ocre (142 fragments), parfois associé à la couleur jaune, orange, vert ; on trouve aussi des motifs de couleur noir, vert, bleu. Dans cet ensemble de 210 fragments, 27 portent un motif décoratif végétal représenté le plus souvent par la couleur vert (18 fragments), mais aussi ocre (7 fragments), rouge clair (1 fragment), et jaune associé au noir (1 fragment). Enfin, deux couleurs sont rarement représentées : le bleu (9 fragments), associé soit au vert, soit à l’ocre rouge dans des motifs décoratifs sur fond blanc ; le rose (1 fragment) en bande sur fond blanc.
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Deux fragments de placage mural, l’un en marbre rose veiné de blanc, l’autre en calcaire blanc, et deux fragments de dalles de sol en marbre, à quoi il faut ajouter une douzaine d’éléments de décor de pavement, des tesselles blanches et noires, proviennent des formations stratigraphiques résultant de l’aménagement intérieur de la demeure, mais plus fréquemment de celles liées à la destruction et au scellement. Le très petit nombre de fragments de placage et de dallage, en marbre ou en calcaire blanc, oblige à la prudence quant à leur attribution à cette demeure. Mais au contraire de l’enduit peint, les placages muraux et les dallages de sol sont généralement récupérés avec soin au moment de la désaffectation d’un bâtiment : aussi, même rares, ces vestiges restent significatifs d’un état de la maison. Cependant, le plus grand nombre de tesselles provient du secteur artisanal : 79 éléments, calcaire et schiste, dont 59 issues d’une grande fosse quadrangulaire dont le comblement intervient au plus tôt dans la seconde moitié du 2e siècle.Mais on ne peut déterminer si ces éléments proviennent de l’habitat exploré en zone 5. On en trouve également une dizaine en secteur dépotoir. A ces tesselles s’ajoute un fragment de marbre blanc issu d’une fosse artisanale. Enfin, deux briques décorées complètent cette catégorie de vestiges. L’hypothèse est plausible du recours à des matériaux comme le marbre, et à un mode décoratif comme la mosaïque dans l’aménagement de la demeure, sans qu’il soit possible d’évaluer à quel degré et sous quelle forme précise ce recours à lieu.

On n’identifie pas, dans les cours, de sols « bâtis », ni même constitués. Un niveau de circulation restitué pour la cour au nord-est en prenant appui sur la présence d’un foyer extérieur, donne 126,75 NGF comme niveau d’utilisation du foyer, à rapprocher du niveau des sols en mortier de tuileau des pièces d’habitation : entre 126,80 et 126,85 NGF. Le niveau d’arasement d’un cellier dans la cour sud-ouest, donné entre 126,90 et 127,10 NGF livre une approximation raisonnable d’un niveau de sol dans cette partie de la cour ; enfin, dans cette même cour, une sole qui clôt la tranchée de fondation d’un mur, apparaît à 127,35 NGF. Des installations annexes sont identifiées dans les cours : un cellier dans la cour au sud-ouest et une sole de foyer dans la cour au sud-est.

Dans la cour sud-ouest, le cellier, dont seule subsiste la partie enterrée conservée sur une profondeur de 1,80 m, est construit sur un plan quadrangulaire de 2,20 m de côté intérieur, pour une surface intérieure approchant les 5 m². L’épaisseur des murs au niveau d’arasement varie de 0,20 m à 0,40 m : les maçonneries sont appliquées contre les parois d’excavation. Le petit appareil irrégulier constitué de moellons de forme plus ou moins allongée, avec l’utilisation de moellons de plus fortes dimensions et à face rectangulaire pour l’assise de base, est lié au mortier sableux de couleur jaune-orange ; des traces de joints marqués au fer se distinguent par endroits. De l’accès ménagé au nord-ouest, il ne reste pas de trace, l’angle de la construction étant détruite par une excavation contemporaine ; de cet accès, on parvenait sur un « palier » maçonné haut de 0,50 m, large de 1,00 m et accolé au mur sud-ouest, à partir duquel on prend pied au fond du cellier par deux marches le long du mur Est. Trois niches apparaissent dans les murs nord-est et nord-ouest ; deux soupiraux ouvraient vers l’extérieur, dans les murs sud-est et sud-ouest, le premier largeà la base de 0,75 m et le second incomplet. Les dépôts identifiés comme résultant de l’utilisation du cellier sont particulièrement ténus ; on ne peut exclure la possibilité d’un sol bâti dont les éléments furent prélevés avant la désaffectation du cellier, voire au moment de son abandon définitif. Aucun élément se rapportant au sol en couverture de la partie excavée du cellier n’est identifié ; à voir l’état des soupiraux dont la partie supérieure a été détruite lors de l’arasement, ce sol (plancher?) était légèrement surélevé par rapport au sol extérieur restitué. Il n’existe pas plus d’élément recueilli par la fouille à rapprocher de l’élévation, ni de sa couverture. Après le comblement du cellier, l’espace est transformé ; de cette transformation, il ne reste qu’un sol en mortier de tuileau (voir notice 2-4-19 Structure 5-2 : F 5-26, us 5090), très érodé.
4-Bruno et Lion.JPG

Dans la cour sud-est, une sole de foyer extérieur, de plan rectangulaire (1,00 m nord-sud et 1,20 m est-ouest), est composé d’un dallage formé de neuf tegulae disposé et stabilisé sur un radier d’argile jaunâtre mélangée à des nodules calcaires, de 8 cm d’épaisseur. Dans la cour sud-ouest un même type de radier, long de 1,20 m et fait d’argile mélangée à des nodules calcaires, de teinte gris-jaune, apparaît dans un sondage.


limites de la ville

Entre ces derniers îlots urbains et un espace funéraire antique, le « Champs des Tombeaux », situé à 500 m de l’Auron et à proximité de la voie vers Argenton, s’étend une zone intermédiaire passablement indistincte qualifiée de « périphérie urbaine ».

On y trouve des traces d’activités ponctuelles, comme l’extraction de limon (* rue Mérot), associée pour un temps à un petit bâtiment, puis à une rue (* Fournier 1996). Enfin, certains endroits assurément fréquentés ne feraient l’objet d’aucune installation particulière quelles que soient les époques (* Luberne 2002).

Le quartier suburbain s’étend à partir de la rive gauche de l’Auron ; à environ 500 m vers le sud-ouest, une nécropole du Haut-Empire marque une limite de la ville antique. Quatre opérations archéologiques témoignent du caractère suburbain de ce secteur de la ville antique. Le gisement de la rue de La Fontaine donne approximativement la limite d’extension du milieu urbanisé. Entre cette limite et la nécropole, les occupations sont sporadiques, non bâties et consistent surtout en activités d’extraction. Une opération fait exception qui donne une longue occupation, de la première moitié du 1er siècle jusqu’à une période comprise entre les 7e et 9e siècles (* Fournier 1996) ; dans la première moitié du 2e siècle, apparaît un sol de mortier de tuileau ; dans la deuxième moitié du 2e siècle un chemin est mis en place, et utilisé au moins jusqu’au 4e siècle. Il n’est pas possible de rattacher cet ensemble, un habitat qui comprend des bâtiments et installations annexes, au quartier suburbain ; il apparaît pour l’heure comme un isolat dont les limites restent à circonscrire et la relation au milieu urbanisé à définir.

La nécropole du « Champs des Tombeaux », traditionnellement évoquée comme une nécropole urbaine du Haut-Empire, est relativement méconnue quant à l’étendue et à l’organisation de l’espace funéraire. Au milieu du 19e siècle, des découvertes d’architecture funéraire y sont faites. Un hypogée couvert d’une voûte en berceau, aux parois décorées d’enduits peints et percées de niches voûtées en plein cintre (* Raynal 1845, I, p. 91) pourrait être rapproché de ceux mis au jour dans d’autres espaces funéraires d’Avaricum attribués à l’Antiquité tardive (* Troadec 2003 : p. 26-35). D’autres découvertes fortuites et mal renseignées sont généralement rattachées à cet espace funéraire (* MSAC XI, 1884 : XII ; CAG 18 : 107, K).

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Fig. 1
Détail du décor de l'attache inférieure de l'anse. Le motif est semblable à celui d'une œnochoé de la maison de Ménandre à Pompéi : une sphinge dont le buste, représenté de face, est encadré par deux corps du même monstre.











La désurbanisation du quartier

A partir de la seconde moitié du 3e siècle, la ville antique entre dans une phase de transformation radicale avec en particulier le phénomène de rétraction générale du tissu urbain. L’emplacement d’îlots urbains abandonnés et détruits, comme ici en périphérie, est pour partie laissé en friche, pour partie réaffecté à d’autres fonctions.

Le long de la rive gauche de l’Auron et à proximité de la voie antique est créée une nécropole essentiellement connue par des découvertes anciennes et fortuites (* biblio ?) ; la réaffectation à des fins funéraires de l’emplacement d’îlots urbains démantelés est observée en d’autres endroits sur le site antique de Bourges (* biblio ?). Des tombes de l’Antiquité tardive, mérovingiennes et d’autres attribuées au haut Moyen Âge y ont été reconnues.
La découverte d’un ensemble de tombes d’enfants de la fin de l’époque carolingienne (* biblio ?), et la mention d’une chapelle Saint-Jean-Baptiste en 1283 (* biblio ?), indiquent une permanence de la fonction funéraire en ces lieux, voire suggèrent une continuité de la fonction (* Maçon 2008, p. 68-74).

L’essor de la ville au cours des 11e et 12e siècles, qui s’accompagne de l’édification d’un nouveau mur défensif dans les années 1150 (* biblio ?), transforme la rive droite de l’Auron : une porte munie d’un pavillon avec tours, commande le pont qui enjambe la rivière. Rive gauche, si une occupation et des constructions sporadiques ne font pas de doute, l’urbanisation de ce secteur hors les murs n’intervient que tardivement, à partir du 18e siècle.

[1] Là c’est une note de bas de page qui est plus longue que prévu et qui n’en finit pas de finir…
[2] Mais en voici une note de bas de page qu’elle est bien placée
[3]Et là, une nouvelle petite note de bas de page.










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Fig. 1
Détail du décor de l’attache inférieure de l’anse. Le motif est semblable à celui d’une œnochoé de la maison de Ménandre à Pompéi : une sphinge dont le buste, représenté de face, est encadré par deux corps du même monstre.











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Fig. 3
Détail du décor de l’attache inférieure de l’anse. Le motif est semblable à celui d’une œnochoé de la maison de Ménandre à Pompéi : une sphinge dont le buste, représenté de face, est encadré par deux corps du même monstre, vus de profil. La lecture sur l’anse de Châteaumeillant est rendue difficile par l’usure et les lacunes. Détail du décor de l’attache inférieure de l’anse. Le motif est semblable à celui d’une œnochoé de la maison de Ménandre à Pompéi : une sphinge dont le buste, représenté de face, est encadré par deux corps du même monstre, vus de profil. La lecture sur l’anse de Châteaumeillant est rendue difficile par l’usure et les lacunes.










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Fig. 4
Détail du décor de l'attache inférieure de l'anse. Le motif est semblable à celui d'une œnochoé de la maison de Ménandre à Pompéi : une sphinge dont le buste, représenté de face, est encadré par deux corps du même monstre, vus de profil.










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Fig. 6
Détail du décor de l’attache inférieure de l’anse. Le motif est semblable à celui d’une œnochoé de la maison de Ménandre.










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Fig. 7
Détail du décor de l’attache inférieure de l’anse. Le motif est semblable à celui d’une œnochoé de la maison de Ménandre.











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Un quartier suburbain

de Bourges-Avaricum

Une extension urbaine rive gauche de l’Auron

(1er - 4e s.)




Nadine Rouquet

Jacques Troadec




Ces vingt-cinq dernières années, l'archéologie urbaine approche peu à peu la réalité d'un quartier suburbain de la ville antique : infrastructures, organisation, fonctions, modes de construction...









 


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Varia


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Le village de Bommiers

(Indre)

Une extension urbaine rive gauche de l’Auron

(1er - 4e s.)









Nadine Rouquet - Attachée de conservation du patrimoine





ChapeauMus volore eaquisquam ea corporeptate cum ut facest, qui te dolupti atiure, ommolesecae doluptaquias inis et desequa sperentiam nem. Ita doluptatur ad mod maximporrunt reius pero ea debis ut aut




















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